AG, Cahiers Armand Gatti
Présentation du projet (Edito du 1er numéro)
et Panorama de presse


Revue annuelle. Création en 2010. Edition La Parole errante. En 2015, Editions  : La Parole errante et  Libertalia


Direction de la publication :
Jean-Jacques Hocquard, gérant de La Parole errante.

Direction de la rédaction : Catherine Brun, Maître de conférences HDR à la Sorbonne-Nouvelle, Paris III. Olivier Neveux, Professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'Université Lyon 2 - Lumière et enseignant à L'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre et à l'Ecole supérieure d'Art dramatique de la Comédie de Saint-Etienne. 

Comité de rédaction (en 2015) : Christian Biet, Bernadette Bost, Nicole Brenez, David Faroult, 
David Lescot, Anne Roche.

Documentation : Tiffany Anton 

Administration : Chantal Duquesnoy.

Maquette : Niels Mac Nill.

Secrétariat de rédaction  : Joëlle Coulon.

 

La Parole errante, titre d’un des grands livres d’Armand Gatti, vaut manifeste : parole qui ne se laisse ni saisir ni immobiliser, parole en recherche, jusqu’à aujourd’hui, inlassablement, parole obstinée à mettre en échec les qualificatifs qui ont tenté de la réduire - à un courant théâtral, à une époque.

Quelques dates, quelques faits, quelques formules, plus connus que d’autres (Gatti et ses « loulous »), ont pu faire croire qu’en parlant de « théâtre social », de « théâtre engagé », on avait dit l’essentiel… Or, précisément, cette œuvre excède les limites. Radio, journaux, sérigraphie, poésie, vidéo, cinéma, théâtre : rien de ce qui peut rendre l’homme créateur ne lui est étranger. Son projet : « Donner aux hommes / et à leurs images / leur seule dimension habitable : / la démesure » (La Première lettre).

Ce projet, sa cohérence, le combat permanent pour qu’advienne « un homme plus grand que l’homme » ne signifient pas cependant que l’œuvre bégaye : éloigné des plateaux institutionnels depuis 1968, le « théâtre des possibles » applaudi par Bernard Dort dans les années 1960, après avoir travaillé à abolir spectateurs, acteurs et personnages, a pris d’autres formes, celle, notamment, de la « Traversée des langages » philosophique, scientifique, poétique entreprise par Gatti dans les années 1990.

La publication de ses œuvres complètes, en 1991, aux éditions Verdier fut un événement. Se matérialisait, sous la forme de trois gros tomes, une vie d’écriture en grande partie développée en-dehors des réseaux médiatiques, institutionnels, universitaires, éditoriaux. Quinze ans plus tard, cette somme est devenue incomplète : de nombreuses pièces sont venues enrichir la liste impressionnante des œuvres de Gatti. Des œuvres lues, jouées, créées, étudiées un peu partout : en Espagne, en Italie, aux États-Unis, en France. Cette aventure d’écriture, depuis cinquante ans maintenant, indifférente aux modes et aux consécrations, a tracé une voie unique dans le champ littéraire, théâtral et poétique.

La Revue AG, Cahiers Armand Gatti entend rendre justice à cette voie, à cette histoire. Elle voudrait aider à en penser la singularité, la nouveauté : ce qu’elle promet et ce qu’elle accomplit.

Car si l’œuvre d’Armand Gatti nous importe, c’est qu’elle n’ignore aucun des espaces de lutte de notre temps, de la Commune aux guérillas sud-américaines, du spartakisme à la révolution cubaine, des mouvements anarchistes russes à la longue marche, de la guerre d’Espagne aux mobilisations de l’IRA, de résistance en résistance, de catastrophe en catastrophe, aussi, toujours, inévitablement : c’est de cet enclos-là qu’elle (ne) sort (pas).

C’est aussi le théâtre et ses réflexes appris que l’œuvre de Gatti fait bouger. Les aires de jeu se multiplient, les temporalités se télescopent, le décadrage se généralise, l’hybridation gagne, le personnage ne survit pas à la débâcle, le spectateur est arraché à sa passivité congénitale.

Gatti a un rêve : celui d’un théâtre sans spectateur, d’un théâtre qui renonce au spectaculaire, qui s’arrache aux contraintes commerciales, qui s’impose comme lieu de célébration du verbe, de combat par le verbe et pour le verbe, c’est-à-dire, aussi, par et pour ceux qui s’incarnent en lui. « Au commencement était le verbe. Et le verbe était Dieu. Voulez-vous être Dieu avec moi ? » - voici comment Gatti engage chacun à s’approprier la parole, à porter haut l’exigence et le souffle poétiques.

Pour un tel théâtre, il ne saurait plus y avoir de lieu ni de temps assignés. Le théâtre doit être où plus rien n’arrive, d’autant plus centripète que périphérique, d’autant plus centrifuge qu’arrimé à une cohérence, à une ligne de conduite. Déjouer les positions dominantes, les exclusivismes réciproques implique aussi de ne pas accepter la séparation des genres, la hiérarchie des formes, les abnégations esthétiques. Gatti se fait poète au théâtre, cinéaste en poésie, dramaturge au cinéma, vidéaste ou chef de chœur. Toujours, il déporte son œuvre au-delà d’elle-même, l’ouvre à ce qui l’excède, rappelle ce qui la sous-tend : la pensée chinoise, la tradition hébraïque, la physique quantique, la poésie, la peinture… La revue aura à manifester sur pièces (d’archives) cette richesse et cette diversité. Elle aura aussi à rendre compte de quelques-uns des ouvrages qui entrent en résonance avec elle.

Oui, l’entreprise de Gatti a quelque chose de démesuré ; oui, elle nous oblige à repenser les catégories apprises ; oui, elle défie la totalisation. Des études inédites, organisées en dossiers thématiques, s’efforceront d’éclairer cette profusion et ces bouleversements.

Proposer des entrées dans l’œuvre, mais aussi bien des sorties hors de l’œuvre à partir de l’œuvre, penser avec et depuis Gatti, les mutations de l’Histoire, du théâtre et des formes, restituer la force active d’une trajectoire précieuse de son entêtement, telles seront nos ambitions, tel notre projet.


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