1958-1959
Voyage en Corée du Nord. Ecrit le scénario et les dialogues de Moranbong chronique coréenne réalisé par Jean-Claude Bonnardot. Le film fut censuré 4 ans pour raisons diplomatiques.

1960-1961
Le Château, d’après Kafka, scénario d’un film non réalisé dont il aurait voulu confier à Charlie Chaplin le rôle principal.
Il réalise son premier film : L’Enclos. Il écrit le scénario et les dialogues en collaboration avec Pierre Joffroy. Principaux interprètes : H.C. Blech, Jean Négroni.

1962
Septembre, début du tournage à Cuba de El Otro Cristobal. Scénario, dialogues et réalisation : Armand Gatti. Décors : Hubert Monloup. Lumière : Henri Alkan. Cameraman : Jean Charvein. Interprètes : nombreux acteurs cubains et Jean Bouise dans le rôle de Cristobal.

1963 Le film El Otro Cristobal représente Cuba au festival de Cannes et obtient le Prix des Écrivains de cinéma et de télévision.
Le Parcours du combattant, scénario et dialogues d’un film non réalisé écrit en collaboration avec Pierre Joffroy, sur la guerre d’Algérie.
Joseph Cotinet (autres titres : La Chouette, L’Ange Joseph Cotinet, Joseph Cotinet ou Le Combat contre l’ange), scénario et dialogues d’un film non réalisé dont le sujet servira de trame au scénario du Passage de l’Èbre (tourné pour la TV de Stuttgart en 1969).

1964
Ils étaient tous Ismaïl ou Selma, scénario d’un film non réalisé.

1965
L’Affiche rouge, scénario et dialogues d’un film non réalisé, écrit avec Pierre Joffroy, dont il écrira, jusqu’en 1968, plusieurs versions (autre titre : Le Temps des cerises) et reprendra le sujet dix ans plus tard avec La Première Lettre, série de six films d’une heure réalisée à L’Isle d’Abeau (ville nouvelle de la région lyonnaise) pour l’INA.
Clara, scénario et dialogues d’un film franco-tchécoslovaque dont le co-réalisateur aurait dû être le cinéaste tchèque Kadar.

1966
Le Temps des cerises, nouvelle version de L’Affiche rouge qui obtient l’avance sur recettes, mais ne sera pas réalisée.
Les Frères Kreistos, scénario d’un film non réalisé.

1967
La Commune. A la demande du réalisateur Marcel Blüwal et pour l’ORTF dirigée alors par M. Biasini, Armand Gatti écrit l’un des scénarios d’une série de trois émissions de trois heures sur la Commune de Paris. Les événements de 68 mettront fin au projet.

1969
 Le Passage de l’Èbre, Première diffusion en Allemagne (TV) le 12 mai 1970. Scénario, dialogues et réalisation : Armand Gatti. Production : SRS (TV de Stuttgart).

1974
Les Katangais, scénario et dialogues d’un film non réalisé, travail documentaire en collaboration avec Marc Kravetz.

1975-1977
Le Lion, sa cage et ses ailes, film vidéo d’Armand Gatti. Six séquences sur Montbéliard à travers ses émigrés : Le 1er Mai (polonais), Arakha (maghrébin), Oncle Salvador (espagnol), La Difficulté d’être géorgien (géorgien), La Bataille des trois P (yougoslave), Montbéliard est un verre (italien). Tournage et montage Stéphane Gatti et Hélène Chatelain. Production : CAC de Montbéliard, Les Voyelles, INA.

1977-1979
La Première Lettre : sept films vidéo d’Armand Gatti. Préparation : octobre-décembre 77. Invention des scénarios et tournage : janvier-juin 78. Écriture des films : juillet-septembre 78. Montage, finition, mixage : d’octobre 78 à juin 79. Tournage et montage : Stéphane Gatti, Hélène Chatelain, Claude Mourieras. Production : INA, Les Voyelles, L’Isle d’Abeau Animation, Ville Nouvelle de L’Isle d’Abeau, Ville de Romans, IRMMAD. Diffusion de six des sept films sur FR3, les 22, 29 juillet, et les 5, 12, 19 et 26 août 1979.

1981-1982
Nous étions tous des noms d’arbres, scénario, dialogues, réalisation d’Armand Gatti. Film coproduit par Tricontinental, RTBF, Les Voyelles, Dérive Production, AGIT et AATON. En 1982, Nous étions tous des noms d’arbres est présenté au Festival de Cannes où il obtient le Prix Jean Delmas de la revue Jeune cinéma, au Festival d’Édimbourg, au Festival de Londres où il reçoit le Prix du meilleur film de l’année, puis au Festival de Dublin.

1987
Ton nom était joie, scénario poème d’Armand Gatti, film vidéo réalisé par Stéphane Gatti. BVU 35 minutes. Prix Télérama du Festival de Montbéliard en septembre 1988.

1988
Chicago, écriture d’un poème sur son père, faisant suite à Ton nom était joie, et devant être réalisé par Stéphane Gatti. Premier tournage prévu à Chicago en avril. (film non réalisé)

1989
Clara, film réalisé dans le cadre de « Salut Armand Gatti », organisé par Michelle Kokosowski à l’université de Paris VIII. Réalisé par Philippe Garrel d’après un scénario d’Armand Gatti et Pierre Joffroy écrit en 1965. Production La parole errante et le C.AC (Centre d’action culturel de Montreuil).

Entretiens avec le poème cinématographique et ses pronoms personnels menés par trois villes Paris, Berlin, Barcelone, un village des collines du Pô, Piancerreto, un camp de concentration, Mauthausen et un non-lieu, Monaco.
Scénario-poème d’Armand Gatti réalisé par Stéphane Gatti.

1990-1991
Écriture et lecture, au cinéma de l’Alhambra à Marseille, de Docks, scénario-poème sur Salvador, père de Lætitia. (Projet de film non réalisé).

1995
L’Homme de Montreuil, synopsis de scénario écrit à la demande du directeur du CNC à l’occasion du 100ème anniversaire du cinéma. Non réalisé.

2003
L’Enclos, sortie à la cinémathèque française. Edition DVD aux éditions Doriane Films et Clavis Films.

2011
Le Lion, sa cage et ses ailes, édition DVD aux éditions Montparnasse. Collection « Le geste cinématographique » dirigée par Nicole Brenez.

Cent ans / Armand Gatti

2024

Cent ans déjà que Armand Gatti est né. C’est passé vite. À l’occasion de cet anniversaire, nous comptons revenir sur les principaux moments de l’écriture d’Armand Gatti. 

Gatti journaliste
Son écriture commence avec le journalisme en 1945. Il a déjà été immigré pièmontais, maquisard, prisonnier, évadé, parachutiste SAS. À la fin de la guerre, il quitte Monaco pour se rendre à Paris et se fait embaucher au Parisien libéré.

On le colle aux chroniques judiciaires. Il fera tous les procès de la collaboration, ceux des massacres commis par l’armée allemande à Oradour-sur-Glane ainsi qu’à Bordeaux. Celui de la Gestapo de la rue de la Pompe. Peu à peu avec son ami Pierre Joffroy, il va imaginer un journalisme d’enquête. Sur la détention des prisonniers, les plus pauvres, ceux qui n’arriveront jamais à échapper au cercle de la pauvreté. Enquête sur les conditions de vie des Algériens en France. Chaque enquête devient un appel au gouvernement. Puis ils feront des enquêtes qui dépassent le cadre de la France, qui parcourent les camps d’Europe où se trouvent des réfugiés coincés dans des camps, cherchant désespérément à ne pas réintégrer leur pays d’origine. Ils feront aussi des enquêtes sur leurs amis artistes qui viennent de l’étranger découvrir et peut-être travailler à Paris (À nous deux Paris).

 La dernière enquête menée par Gatti sur les dresseurs de fauves intitulée Envoyé spécial dans la cage aux fauves lui vaudra le prix Albert Londres et le titre de Grand reporter, c’est le début d’une nouvelle vie.

Gatti Grand Reporter
Aprés le tour de France, commence un premier tour du monde. Son journal l’envoie au Guatemala rendre compte d’un putsch organisé par les Américains. L’assassinat de son guide Felipe le convaincra qu’il n’a plus sa place dans ce métier.

De retour, il commence à écrire des pièces de théâtre. Le crapaud-buffle sur un dictateur d’un pays imaginaire. Mais il continue son travail de Grand reporter en Sibérie d’abord puis en Chine (avec Chris Marker) puis en Corée. C’est l’époque où les délégations du monde entier sont invitées à visiter et comprendre la transformation de ces sociétés communistes. Ils traverseront toute la Sibérie, la Chine et la Corée où Gatti clôture son voyage par l’écriture d’un scénario pour le film Morambong.

Gatti écrivain des institutions théâtrales
Il fait encore quelques piges pour les journaux mais un nouveau tour du monde commence avec l’écriture théâtrale. Grâce à la photographe, Agnès Varda, grande amie de Jean Vilar, elle donnera à ce dernier la pièce de Gatti, Le crapaud buffle qui sera monté en 1960 à la salle Récamier. C’est le début d’une traversée fulgurante des scènes françaises où les pièces d’Armand Gatti, sont montées à Lyon, Marseille, Toulouse, St Etienne, Paris mais aussi en Allemagne. Tour à tour, le sujet de ses pièces se déplacent de la Chine, au Vietnam, à l’émigration italienne aux camps allemands. Il recevra le prix Fénéon pour sa pièce Le Poisson noir sur la Chine de Tsin.
En Septembre 68 , coup de gong : le gouvernement De Gaulle interdit la pièce, de Gatti La passion du général Franco.

Gatti interdit
Le tour du monde par l’écriture continue mais avec de nouvelles modalités.
Depuis quelques années déjà les pièces de Gatti, sont traduites et jouées en allemand. Même La passion du général Franco d’ailleurs avec succès. Après l’interdiction en France, il s’installe à Berlin pour écrire le poème Les personnages de théâtre meurent dans la rue : là il découvre la radicalité allemande. Il écrit une pièce La moitié du ciel et nous en solidarité avec Ulrike Meinhof détenue. Cette pièce marque la fin de l’épisode allemand , il ne sera plus invité …

Gatti Avec et déterritorialisé
Le tour du monde se continue avec une écriture déterritorialisée.
Après toutes ces interdictions, l’écriture théâtrale de Gatti ne se pense plus à partir des institutions de la scène. Avec le texte Petit manuel de guérilla urbaine, son écriture ne se pense plus dans un théâtre mais dans un nouveau dispositif : une salle d’hôpital ou dans une salle de classe pendant les cours. A cette déterritorialisation s’ajoute le fait que le texte est joué par ceux qui ont été témoin de l’écriture du texte. Une écriture pensée, rédigée, avançant en dialogue permanent avec ceux qui participent au travail. Ce grand chantier commencera en Belgique avec deux grandes expériences, : la première dans une usine de Schaerbeek sur La colonne Durruti. Et l’autre dans la campagne du Brabant wallon avec toujours les étudiants de l’IAD.
Non seulement c’est un travail avec… Mais un travail également complètement déterritorialisé. Depuis 1975, jusqu’à la fin de sa vie, il arrivera à tenir son écriture dans l’avec et la déterritorialisation radicale (disciple d’une certaine façon de Guattari et Deleuze).

Le dernier épisode de ces écritures, tout en gardant le même cadre de l’écriture avec et de la déterritorialisation se fixera sur le projet de construire une cathédrale à la Résistance. La clé du dispositif, le mathématicien résistant Jean Cavaillès et le réseau Cohors. Les lectures de Cavaillès vont peu à peu faire découvrir à Gatti la physique quantique et une pensée qui met à mal le déterminisme. Enfin ! Avec Cavaillés et la physique quantique, Armand Gatti arpentera Strabourg, Sarcelles, Ville Evrard, le Cern, Genève etc.…Texte après texte, il arpente cette cathédrale, certains diront ce projet éléphantesque et ils ont raison parce que les cathédrales ont souvent la forme d’éléphants

Les noms de Jean Cavaillés, de Rosa Luxembourg, des fusillés de Tarnac, de Sacco et Vanzetti, du groupe Manouchian, de Roger Rouxel, de Camilo Torres, de Michèle Firk, d’Ulrike Meinhof rappelle que depuis son premier livre Bas relief pour un décapité jusqu’aux derniers épisodes de la Traversée des langages, durant toute sa vie Armand Gatti n’a finalement défendu qu’une seule idée : donner aux martyrs et aux combattants quelques instants de plus à vivre, les libérer de la fusillade, de la chaise électrique et de la décapitation pour retrouver la puissance de leur conviction. SG